Dans le ciel de Paris

     Quand Gabriel me demande : "Papa, qu'est-ce qui te fait le plus peur ?", je lui réponds toujours : « Que le ciel me tombe sur la tête. ».

     Une boutade qui m'a donné des idées...

     Deux ou trois photomontages plus loin, il était clair qu'une série venait de naître. Elle s'enrichit toujours, au fil du temps et au gré des inspirations...

     Le titre, « Dans le ciel de Paris », m'est venu d'emblée à l'esprit. Il laisse mal entrevoir le regard inquiet que je porte sur le devenir de notre civilisation, mais qu'importe, il me plaît !

 

     Intéressé par la géopolitique et par les sciences, d'un naturel plutôt pessimiste, mon but est d’interpeller le spectateur pour éveiller les consciences sur la fragilité de nos sociétés occidentales et de nos modes de vie faussement rassurants. Oui, interpeller le spectateur pour lui dire que rien n’est acquis, que l’Histoire n’est pas finie, que la bêtise humaine — loin s'en faut — n'a pas dit son dernier mot...

 

     Mon amour de Paris, ma passion de l'architecture, mon goût pour les prises de vue en contre-plongée — celles où le regard cherche de l'air pour respirer — vont me fournir le contrepoint d'images dans lesquelles des cieux enchanteurs sont le décor de la menace qui vient et du danger imminent.

 

     Ici, la ligne d'horizon est systématiquement hors champ et laisse place à des morceaux d'architecture se découpant dans les nues. Mais monuments et édifices parisiens plus ou moins reconnaissables par leurs dômes, pinacles, sculptures et autres cimes qu'on en peut percevoir, ne semblent visibles que par accident. L’intérêt est au-dessus.

 

     Ainsi, passant en revue toutes les calamités possibles qui pourraient nous arriver par la voie des cieux, je mets expressément en scène l'inimaginable comme étant en train de se produire au cœur même de la Ville lumière, symbole d'une civilisation montée si haut mais sans doute si vulnérable.

     Que la catastrophe vienne de l'homme lui-même, de la nature, où bien qu'elle émane d'autres mondes, qu’il s’agisse de missiles, de tornades ou bien d’astéroïdes, il me plaît de pointer la perception faussée que nous avons du monde qui est le nôtre ; un monde incertain vu au travers du filtre lénifiant d’une société dans laquelle nous croyons vivre en toute sécurité.

Un soir à Paris, une sorcière sur son balai passe devant la tour de l'horloge de la Conciergerie
Un astéroïde monstrueux passe dans le ciel de Paris (quai Anatole France) et va bientôt s'écraser sur la terre.
A Paris, gare de Nord, des vaisseaux spatiaux extraterrestres tirent des rayons verts sur la terre.
A Paris, vue depuis les toits de l'avenue des Gobelins, une étrange aurore boréale se manifeste.
A Paris, vue depuis la gare d'Austerlitz, une énorme bombe descend, freinée par trois parachutes.
A Paris, vu depuis la voie sur berge qui passe sous le Pont-Neuf, un avion de chasse chinois passe en rase-motte.
Vus depuis une corniche et un groupe sculpté de l'Opéra de Paris, quatre missile vont bientôt atteindre la terre.
Un soir, derrière le Sacré-Coeur, un énorme missile est sur le point de s'écraser sur Paris.
A Paris, place de la Bastille, un missile nucléaire passe derrière la statue du Génie de la Liberté et va s'écraser..